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Psychotraumatisme : Formation & prise en charge, une priorité pour Women Safe & Children !

Dernière mise à jour : 13 nov. 2023

Women Safe & Children, pionnier français dans la prise en charge pluridisciplinaire des femmes et des mineurs victimes de violences lutte contre les violences et leurs conséquences psychotraumatiques, tant dans ses prises en charge que dans ses formations.

Interview de Marie Larue : Psychologue clinicienne spécialisée en EMDR – Responsable du Pôle FORMATION de l’Académie Wo.men Safe.


Vous êtes en charge des formations au sein de l’Académie Women Safe, quels sont les principaux objectifs de vos formations et à quel public vous adressez-vous ?


L’équipe de l’Académie Women Safe transmet, par la formation, des outils pour repérer, dépister les violences et orienter le plus tôt possible les victimes. Nos formations s’adressent à un public large, mais nous ciblons prioritairement les entreprises, les universités, les professionnels de santé, les forces de l’ordre et la justice, ainsi que le monde culturel et sportif. Notre objectif est de permettre aux participants de gagner en efficacité dans la détection, la prévention et la gestion des situations de violences sexistes et sexuelles. Néanmoins, pour agir efficacement contre les violences, il est indispensable de connaître et de comprendre les conséquences psychotraumatiques des violences sur les personnes. C’est la raison pour laquelle, l’étude de la psychotraumatologie est une composante essentielle de nos formations.

Entrons dans le vif du sujet ! Au-delà de l’aspect « psychologique », les conséquences des violences peuvent-elles être d’ordre neurologique ?


Les recherches en neurosciences et en psychologie (clinique, développementale, sociale) ont permis de mettre en évidence des dysfonctionnements neurophysiologiques chez les personnes victimes de violences, en lien avec le niveau de stress qu'elles subissent. Notre corps et notre cerveau peuvent supporter de petites quantités d’hormone de stress, telles que l’adrénaline et le cortisol. Le rôle de ces hormones est de préparer l'organisme à l'action face à un danger ou un stress. Cependant, lorsque ces hormones sont produites en trop grande quantité, elles perdent leur fonction d'adaptation sociale et deviennent des hormones de survie. Cette augmentation de la production d'hormones entraîne des altérations psychocorporelles multiples, non sans conséquences sur la santé de la victime.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ces « altérations psychocorporelles » ?


Parmi les altérations survenant pendant la période péri-traumatique, nous pouvons citer :

  • des troubles mnésiques, comme la difficulté à se souvenir de l'événement

  • des troubles cognitifs, comme la difficulté à comprendre ce qui se passe

  • des troubles spatio-temporels, comme la difficulté à se situer dans l'espace et le temps

  • des troubles de la verbalisation, comme la difficulté à parler, à crier ou à appeler à l'aide

  • des troubles de la motricité volontaire, comme la difficulté à se défendre ou à s'enfuir.

Bien d’autres altérations du fonctionnement global de l’organisme sont caractéristiques d’un dosage en hormone de stress trop élevé, et donc neurotoxique pour notre corps et notre cerveau.

L'imagerie cérébrale permet aujourd'hui d'observer les modifications que les traumatismes entraînent sur le cerveau. Que nous enseignent ces images ?


Les IRM (Imagerie par Résonnance Magnétique) permettent de visualiser l'impact des hormones de stress produites en grande quantité sur notre fonctionnement habituel. Par exemple, la plupart des victimes souffrant d’un état de stress post-traumatique présenteront une hyperactivité de l'amygdale (la région du cerveau associée à la régulation du danger et à la gestion des émotions), ainsi qu'une altération de la régulation du cortisol. Ces changements peuvent entraîner des symptômes caractéristiques d’un traumatisme psychologique tels que des cauchemars, des flashbacks, de l'anxiété et de l'hypervigilance. Autre exemple, les victimes de violences précoces et répétées durant leur enfance pourront connaitre une modification dans le développement de certaines structures cérébrales, notamment une réduction de la taille de l'hippocampe (structure cérébrale clé pour le pilotage de la mémoire et de la régulation émotionnelle) et des changements dans le cortex préfrontal (structure cérébrale clé pour la prise de décision et la régulation des émotions).

Quelles peuvent être les conséquences des symptômes psychotraumatiques sur la santé et vie des victimes ?


Les conséquences sont multiples. À titre d’exemple, celles-ci peuvent être psychologique, on parlera d’envahissement émotionnel, de dépression réactionnelle, d’anxiété, du développement d’addictions, etc. Ces conséquences peuvent aussi être à l’origine de maladies chroniques, de troubles somatiques divers, de cancers, de fibromyalgies, etc. Elles peuvent aussi impacter la santé sexuelle. La liste est loin d’être exhaustive. D’un point de vue social, il peut être question d’isolement, de perte d’autonomie, d’absentéisme, de décrochage, de perte d’emploi, de précarité, d’endettement, etc.


Ces conséquences sont d’autant plus difficiles à vivre du fait des altérations neurologiques plus ou moins graves. Beaucoup de victimes, sous l’effet des hormones de stress, se voient privé d’une structuration de leurs souvenirs, de la compréhension de l’évènement, ce qui complique la possibilité d’en parler.

D’autant que pour éviter les phobies, les angoisses, tous ces contrôles permanents épuisants, certaines victimes peuvent avoir recours à des anesthésiants comme l’alcool ou la drogue. Ce constat ne pose-t-il aussi pas la question de la prévention des addictions ?


Beaucoup de victimes ont recours à des substances psychoactives après un évènement traumatique. Le but recherché est notamment l’effet anxiolytique, l’évitement de pensées et d’images intrusives. Les professionnels en charge des addictions doivent élargir leur approche pour prendre en compte les vécus traumatiques potentiels, souvent à l'origine de l'addiction. Il s'agit ainsi de traiter la cause profonde du problème, et non pas seulement les symptômes. Si le dépistage des événements traumatiques et leur prise en charge étaient intégrés de manière systématique au parcours de soin des patients, nous devrions observer une réduction directe des dépenses de santé publique.

Certaines victimes de violences, notamment dans l'enfance, vont possiblement retourner ces violences, contre elles-mêmes, ou contre autrui. Comment prévenir ces comportements afin d’éviter la reproduction des violences ?


Les recherches faites sur les auteurs et autrices de violence tendent à démontrer qu’une grande majorité d’entre eux et elles sont d’abord des victimes de violences dans leurs enfances. Fort de ce constat, nous avons créé au sein de Women Safe & Children, un Pôle Mineurs pour offrir aux enfants victimes, une prise en charge ciblée sur l’impact psychotraumatique des violences. Notre ambition est de prévenir l’installation de facteurs de vulnérabilité ou de reproduction chez les enfants que nous prenons en charge.

Les professionnels de santé font-ils systématiquement le lien entre les violences subies par leur patient et leur état de santé ?


Selon la psychiatre, Muriel Salmona : 79% des professionnels de santé ne font pas le lien entre les violences subies dans l’enfance de leurs patients et leur état de santé. Selon la HAS (Haute Autorité de Santé) : “La maltraitance des enfants est mal connue et certainement très largement sous-estimée dans la population française. Elle est également sous déclarée par les médecins en France, avec à peine 5 % des signalements provenant du secteur médical”. Les actions de terrain de Women Safe & Children auprès des victimes, ainsi que nos formations, nous mènent au même constat. Les acteurs de terrain (force de sécurité, magistrat, professionnel de santé, etc.) sont insuffisamment formés à la question des violences pour pouvoir identifier les victimes ; être en mesure de les orienter correctement ; œuvrer à leur protection mais aussi à leur reconstruction.

À quoi ressemble une prise en charge médico-psychologique chez Women Safe & Children ?


L’accompagnement des victimes demande une hyperspécialisation dans plusieurs domaines. Au sein des équipes de Women Safe & Children, les professionnels sont spécialisés en psychotraumatologie et victimologie. Nous appliquons d’ailleurs une recommandation enseignée en psychotraumatologie : la psychoéducation. Il s’agit de transmettre le maximum de nos connaissances aux victimes dans le respect de leur temporalité et de leur capacité d’intégration. En comprenant l’origine psychotraumatique de leurs souffrances et de leurs comportements, les victimes seront en mesure d’évacuer plus rapidement bons nombres de symptômes liés à l’expression du souvenir traumatique. En complémentarité des prises en charge individuelles, nous proposons également des parcours collectifs de reconstruction.


Les thérapies classiques sont-elles adaptées au traitement du psychotraumatisme ?


Nous l’avons évoqué précédemment, les altérations produites par la situation de stress vont constituer des symptômes ponctuels ou durables, caractéristiques d’un choc émotionnel. Pour suivre une victime en thérapie, il est indispensable, d’être formé en psychotraumatologie. Les courants comme l’EMDR, la TCC axée trauma ou encore l’ICV forment les psychologues et les psychiatres à ces outils.

Vous évoquez la technique de l'EMDR. De quoi s’agit-il ?


L’EMDR (Eye Mouvement Desensibilisation and Reprocessing) est une approche thérapeutique reconnue dans le traitement du trouble de stress post traumatique par l’OMS (2013), l’INSERM (2004 et 2015) et la Haute Autorité de la Santé (2007). L’EMDR est un moyen simple de stimuler un mécanisme d’auto-guérison présent en chacun de nous. Ce mécanisme neuro-émotionnel déclenché par les mouvements oculaires permet de dépasser des vécus traumatiques non digérés responsables de divers symptômes, parfois très invalidants. On peut ainsi soigner des séquelles traumatiques même de nombreuses années après. Les différentes étapes du traitement proposé chez Women Safe & Children respectent la temporalité des victimes, et visent à activer les ressources dont elles disposent pour une réparation subjective profonde.

Vous intégrez aussi le sport à vos thérapies, notamment pour soigner le stress post-traumatique. Quels sont les bénéfices de la pratique sportive dans ce contexte ?


Pour les bénéficiaires de Women Safe & Children, le sport est un outil thérapeutique de remobilisation et de réparation d’excellence ! Dès la création de nos parcours collectif de reconstruction, nous avons intégré de nombreuses activités sportives (équithérapie, karaté, plongée, yoga, danse, etc.) pour renforcer la régulation émotionnelle, réduire l’hypervigilance, le sentiment d’insécurité et renforcer l’image de soi. La pratique sportive améliore l’état de santé physique en agissant directement sur des symptômes liés au psychotraumatisme, tels que le stress, l’anxiété, la dépression, etc. Enfin, la pratique sportive permet de rompre l’isolement.

En France, l’offre de soin est-elle suffisante et adaptée à la réalité des victimes ?


En France, les associations d'aide aux victimes sont souvent sous-financées, ce qui limite leur capacité à accompagner les victimes. D’autre part, peu de professionnels de santé sont formés à la psychotraumatologie. Ces professionnels sont, par ailleurs, tenus à une formation continue et coûteuse. Cette dépense supplémentaire, répercutée sur les tarifs des consultations, peut limiter l'accès aux soins pour les victimes. L'État ne semble pas avoir pris la mesure de ce coût en proposant le dispositif "mon parcours psy". Celui-ci impose un temps de consultation (30 minutes) non adapté au traitement du psychotraumatisme. En ce qui concerne le tarif de consultation, ce tarif ne permet pas aux professionnels de respecter leur devoir de formation continue. Enfin, les centres dédiés à la prise en charge des psychotraumatismes, portés par l’État français, se retrouvent saturés peu de temps après leur ouverture. La demande se reporte alors sur des associations épuisées et à court de moyen… C’est un cercle vicieux !

Que faudrait-il mettre en place pour soigner et accompagner efficacement les victimes ?


Il s’agirait de rendre obligatoire la formation continue des acteurs de première ligne dans la prise en charge des victimes. De créer des modules de formation obligatoires dans le cursus universitaire des étudiants qui se destinent à prendre en charge de potentielles victimes. Enfin, de créer un dispositif “mon parcours psy” pour les victimes de violence, adapté à leurs conditions de reconstruction, à leur réalité économique et à celles des thérapeutes.

Pour conclure cette interview, peut-on vivre une vie normale avec un traumatisme ?


Les recherches en neurosciences et les thérapies spécialisées en psychotraumatologie offrent des perspectives encourageantes pour une amélioration significative de la qualité de vie, voire une guérison complète du psychotraumatisme. Plus la victime est prise en charge rapidement, plus la guérison complète est possible. C’est la raison pour laquelle les équipes de Women Safe & Children souhaitent que les pouvoirs publics prennent conscience de l'ampleur des violences faites aux enfants. Nous appelons à la mise en place de mesures concrètes pour prévenir ce phénomène et l'enrayer définitivement.


Propos recueillis par Annabelle Baudin pour Women Safe & Children

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